Comment vivre avec un prénom que l’on n’aime pas ?

Dis-moi ton prénom je te dirais qui tu es ?  Bien plus qu’un élément de différenciation, le prénom est l’un des premiers facteurs de déterminisme social dans la vie de l’enfant. Il peut même présager d’une mention au baccalauréat selon le sociologue Baptiste Coulmont. Donné par les parents, il vous suit toute votre vie. Quid si ce prénom devient un boulet ? 

Les résultats du baccalauréat sont tombés et comme chaque année depuis près de 5 ans, le sociologue Baptiste Coulmont publie une étude statistique qui fait la corrélation entre le prénom des bacheliers et leurs résultats. Elle repose sur les 350 000 candidats ayant obtenu au minimum 8/20. Ainsi en 2015, 21,9% des Joséphine ont eu une mention Très Bien. Elles sont suivies de près par Diane, Alice ou Augustin. En revanche, les Bryan, Jordan et autres Kelly sont moins de 5% à avoir obtenu cette même mention.

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Vous pouvez faire le test en entrant votre prénom dans le moteur de recherche du blog de Baptiste Coulmont.

Il n’y a aucun rapport de cause à effet mais cette étude est très intéressante du point de vue sociologique.

Le Larousse définit le prénom comme le « nom précédant le nom de famille et qui sert à distinguer les différentes personnes d’un même groupe familial. »

Il n’aurait donc pour fonction première que de ne pas te confondre avec ta tante ou ta cousine. On aurait pu utiliser des noms d’objets mais c’est moins sympa.

Or aujourd’hui, choisir un prénom c’est aussi déterminer le milieu social et le devenir de l’enfant. D’une fonction de distinction, on est passé à une fonction d’identification où le déterminisme social tient une bonne place. Que de poids sur les épaules des parents et surtout sur nos chères têtes blondes !

A L’ORIGINE ÉTAIT LE PRÉNOM

Ah ! Ce prénom que les parents choisissent bien soigneusement. A chacun sa tactique.

Chacun fait sa liste et on voit si ça matche. Dans le cas contraire, on commence à se creuser la tête ; ensemble dans le meilleur des cas.

Il y a ceux qui achètent des livres bardés de listes de prénoms, dont certains vous donnent le profil affecté au dit prénom, comme pour rassurer les parents. « Mathilde … Ah bein tu vois, ça confirme carrément ce que je voudrais, ça tombe trop bien ! ». Ou comment mettre une pointe de déterminisme et de pression sur l’enfant à peine a-t-il pointé le bout de son nez. « Elle s’appellera Louise, elle fera de la danse, une école de commerce et travaillera dans le marketing de luxe. Mais bien sûr, elle sera libre de faire ce qu’elle veut. »

Il y a ceux qui n’arrivent pas à se mettre d’accord. Moi je veux l’appeler X et moi Y. Alors on l’appellera X-Y. Simple mais efficace ?

Il y a les parents soucieux, un tantinet perfectionnistes, qui prennent l’avis des copains ou de la famille, comme pour mieux s’assurer du trend du prénom choisi et ainsi éviter toute reproduction de stéréotype. Un prénom comme une marque. Il y aura toujours quelqu’un qui vous dira « Ah moi, j’ai connu une Vanessa. Et bien c’était une vraie s… ». Conclusion : toutes les Vanessa sont des s…. Et un prénom rayé, un.

Les plus aventureux, attendront de voir la bouille de leur marmot pour lui donner un prénom. Comme une révélation. Je doute que la première vision de ton enfant à la sortie de ton ventre ne te donne envie de lui donner un nom en fait.

Et puis il y a ceux qui veulent donner un prénom ORIGINAL. L’idée louable est de faire de son enfant un être unique au monde comme dirait Prince, le Petit. Original, ça veut dire quoi ? Ca veut dire pas porté par tout le monde, pas comme les autres, tellement personnel, qui a une histoire. Exit les Gabriel, les Léa et compagnie. L’enfant sera forcément atypique, à notre image. Les parents projettent une personnalité fantasmée sur leur progéniture en occultant son individualité future qui, si ça se trouve, sera à l’opposé de celle de ses parents !

Baby name

Ce prénom, il faut bien le choisir car la chair de votre chair va se le trimballer toute sa vie. Nombreux (et heureusement) sont celles et ceux qui adorent leur prénom, d’autres qui ne se sont jamais vraiment posé la question.

Et il y a ceux qui n’aiment pas leur prénom ou mieux, qui l’exècrent. Il devient alors un véritable fardeau.

MON PRÉNOM, MA BATAILLE

Or, le prénom est le premier élément qui nous identifie. Quand vous rencontrez quelqu’un et que vous entamez la conversation vous dites : « Bonjour, je m’appelle X » et votre interlocuteur en retour fera de même (Normalement, s’il est poli, il devrait le faire).

Lorsque vous n’aimez pas ce prénom, vous le balancez, comme pour vous en débarrasser ou pour vous excuser. « C’est pas moi, c’est eux », mes parents qui ont choisi pour moi. Le malaise s’infiltre insidieusement sous la moindre parcelle de votre être.

 Vous vivez avec. D’ailleurs, vous ne pouvez pas faire sans.

Avec un peu de chance, vous pourrez en faire un diminutif ou carrément trouver un surnom. Mais ce n’est pas votre véritable identité. Vous êtes amputé d’une partie de vous-même. Vous vous mentez à vous-même et aux autres un peu tous les jours. Et puis quand vous évoquez le fait que vous n’aimez pas votre prénom, vous trouverez toujours une âme charitable qui vous dira que non, elle ne comprend pas, elle l’aime bien votre prénom, il vous va même très bien. Awkward…

Ce prénom vous suivra partout : à l’école, sur vos papiers d’identité, vos papiers administratifs, vos diplômes, votre carte professionnelle et même votre tombe. Il n’y a bien qu’au Starbuck que vous pourrez vivre une vie secrète. Mais là encore, une crainte sommeille en vous. N’y aurait-il pas dans cette salle une personne qui SAIT que ce n’est pas votre vrai patronyme et qui va vous dénoncer publiquement, en vous pointant du doigt. Booouhh !

Pourtant c’était vraiment parti d’une bonne intention. Ce prénom avait vraiment une grande charge affective pour vos parents. Il est le fruit, vous êtes le fruit, de leur amour.

Mais il arrive un stade où même entendre quelqu’un prononcer votre prénom devient insupportable. Tendance schizophrène.

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Alors lorsque le malaise est trop fort, deux solutions s’offrent à vous :

  • Continuer à vivre avec, il ne sera alors qu’une appellation, un mode différenciation pour le coup (et l’on retourne à sa fonction première). Et il ne servira à rien de le reprocher ad vitam à ses parents.
  • Décider d’en changer, comme pour se donner le droit à une nouvelle identité, qui vous est propre. Il peut arriver que ce choix affecte les membres de la famille. Ils se sentiront peut-être trahis, comme si en changeant de dénomination, vous les amputez d’une part d’amour, vous leur reprochez d’être de mauvais parents.

JE M’APPELLE…

Les démarches pour changer de prénom diffèrent selon qu’il figure ou non dans l’acte de naissance. On parle ici de prénom usuel ou de changement de prénom.

Elles incitent à réfléchir sur la nécessité profonde du changement. Est-ce un véritable crise d’identité, au sens premier, ou le prénom n’est que le paratonnerre des frustrations, injonctions, jugements que vous avez envers vous-même ? Imaginez que l’on vous appelle par votre nouveau prénom, appelez-vous vous-même par ce nouveau prénom. Vous sentez-vous recentré, comme rempli ou le mal-être persiste ? Dans ce dernier cas, le changement n’est pas la solution miracle.

Changer de prénom peut être le premier pas vers une acceptation de soi. Il peut être la base de VOTRE identité, dont vous êtes le principal acteur, détachée de toutes références familiales, sociales et affectives. Une RE-naissance.

On se délecte alors de dire son prénom dans un souffle long et apaisé. On se surprend à le répéter avec fierté. Et parfois à le clamer alors qu’on ne vous l’a pas demandé. Comme un enfant qui montrerait fièrement son dessin à qui veut. On ose être soi à la face du monde.

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Et puis, après tout il n’y a pas que le prénom qui vous définit. Vous vous appelez Mathilde mais vous êtes surtout une femme, de 20/30/40/50 ans, blonde/brune/rousse, qui aime le sport, les sorties que sais-je. Mais se présenter comme cela aux inconnus c’est long déjà, et c’est très impliquant pour une première rencontre !

Alors qu’un prénom, c’est toute une histoire. Une empreinte. Une belle promesse. Autant ne pas commencer votre histoire par un mensonge.

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